fermer

On a longtemps cru que la durabilité, dans l’univers des couches bébé, se jouait à coups de pourcentages affichés sur les packagings. Un peu plus de matières biosourcées ici, un emballage un peu plus vertueux là. Progrès réel, certes. Mais le vrai angle mort est resté le même : une couche jetée reste… jetée (et les couches lavables, franchement c’est pas pour tout le monde, les parents qui liront se reconnaîtront).

Avec près de 4 milliards de couches éliminées chaque année en France, le sujet n’est plus marginal. Il est systémique. Et il commence sérieusement à gratter là où ça fait mal : les filières, la réglementation, les coûts industriels, la fin de vie réelle des produits.

Fondatrice de Love & Green, marque pionnière de l’hygiène bébé plus exigeante, Céline Augusto ne se contente pas de parler d’innovation. Elle parle de ce qui coince. Vraiment.

Pourquoi la couche compostable ne passe-t-elle pas encore à l’échelle ? Où s’arrête la bonne volonté produit et où commencent les limites structurelles ? Et surtout : que peuvent et doivent faire les acteurs du bio, enseignes comprises, pour que la durabilité sorte enfin du rayon des intentions ?

Un éclairage sans langue de bois, à destination de ceux qui savent que l’avenir du marché se joue désormais bien au-delà des slogans.

3 questions à Céline Augusto, co-fondatrice de Love & Green

BOB : Aujourd’hui, qu’est-ce qui freine réellement le passage à l’échelle des couches compostables en France ?

Céline Augusto : Nous avons identifié 2 principaux freins. 

D’abord, la couche bébé compostable rentre aujourd’hui dans le cahier des charges du compost des boues d’épuration, une filière qui est bien développée chez les composteurs, mais pour laquelle il n’existe pas de collecte auprès des consommateurs. Or pour toucher tous les consommateurs, nous sommes persuadés qu’il faut que la couche bébé rentre dans la filière des bio-déchets, pour laquelle il existe déjà une collecte ! Pour cela, il nous faut donc changer la réglementation.

Ensuite, le coût des matières premières compostables est aujourd’hui très élevé par rapport à une couche Love & Green commercialisée. Nous avons un grand travail de création de marché et de volume à réaliser pour réussir à industrialiser la couche compostable, et en faire baisser le prix !

Une couche est un assemblage complexe : comment garantissez-vous qu’elle est réellement compostable, et pas seulement “biosourcée” ou “naturelle” ?

Prouver qu’un produit est compostable nécessite des tests de compost, car une seule composition n’assure pas un niveau de compostabilité.

Aujourd’hui, nous avons des résultats de compost réalisés sur nos couches compostables qui sont conformes à la norme de compost des boues d’épuration. Notre partenaire collecteur ASE et le laboratoire SADEF ont aussi réalisé des tests de conformité au maraîchage. C’est ce qui prouve que la couche est bien compostable, et que le compost peut être utilisé en épandage agricole !

La prochaine étape est l’homologation officielle de ces résultats de compost et de la couche compostable elle-même, c’est notre gros projet du moment. 

Pourquoi ce type de produit devrait, selon vous, prendre davantage de place dans les rayons bio en 2026 ?

Il s’agit purement et simplement de résoudre le problème énorme des déchets des couches jetables en France. 4 milliards de couches jetées chaque année en France, c’est 680.000 tonnes de déchets générés, et 40% des déchets d’un foyer ayant un bébé !

Nous proposons déjà aux magasins bio la gamme Love & Green Pure Nature, la couche la plus avancée en France en matière de composition avec 70% de matières d’origine naturelle et biosourcée, et emballée dans un sachet papier.

L’objectif est d’aller encore plus loin : ne plus enfouir ni incinérer, pour donner une seconde vie à la couche bébé jetable.

Nous pensons que les magasins bio seront les plus sensibles à cette énorme avancée, et qu’elle leur permettra de proposer un produit encore plus rupturiste par rapport au monde des couches bébé vendues en GMS ou sur internet. 

 

BOB le dit : 

La couche compostable agit ici comme un révélateur. Pas seulement d’une innovation produit, mais d’un changement de règle du jeu. Car dans la bio comme ailleurs, améliorer la composition ne suffit plus si la fin de vie reste un impensé collectif.

Ce que montre cet échange, c’est que la transition ne se décrète pas. Elle se négocie avec la réalité : celle des filières existantes, des réglementations en retard, des arbitrages économiques et des usages consommateurs. Autrement dit, une innovation n’est durable que si tout l’écosystème suit.

Pour les magasins bio, l’enjeu dépasse largement la catégorie bébé. Il s’agit de savoir quel rôle ils veulent jouer : simples relais de produits “un peu mieux”, ou acteurs moteurs de solutions réellement transformatrices, capables de bousculer les cadres existants.

À l’horizon 2026, une chose est sûre : la durabilité qui comptera ne sera plus celle qui se raconte le mieux, mais celle qui résout des problèmes massifs, de bout en bout. Et sur ce terrain-là, les couches bébé n’ont peut-être pas fini de faire parler d’elles… 


Inscrivez-vous à notre newsletter

Recevez tous les 15 jours en avant-première une revue de presse de nos articles et vidéos & des infos sur les derniers produits ajoutés