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Guaraná, açaí, maté, stévia ou kinwa… Derrière ces ingrédients stars se jouent des enjeux majeurs pour la filière bio : biodiversité, partage de la valeur, commerce équitable et protection des communautés autochtones. Analyse de Bastien Beaufort, directeur de Guayapi.

L’Amazonie, l’un des grands réservoirs du vivant mondial

Loin d’être une région sous-peuplée, sauvage ou vierge, l’Amazonie apparaît au contraire comme la terre d’origine de certaines des plantes majeures de l’humanité, tant pour l’alimentation que pour la médecine, la phytothérapie ou l’industrie.

Ainsi, cacao, manioc, tomates, ananas, arachides et piments, mais aussi caoutchouc, coca, curare et quinquina sont originaires de la plus grande forêt tropicale de la planète.

Encore aujourd’hui, la Grande Amazonie (embrassant une partie des Andes et des forêts atlantiques du Brésil et du Paraguay) livre des plantes d’une importance considérable. Ainsi, la quinoa, ou plutôt kinwa, aliment stratégique pour la sécurité alimentaire mondiale selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la stévia aux propriétés édulcorantes et médicinales exceptionnelles, le guaraná, utilisé à l’échelle planétaire dans les compléments alimentaires énergisants et les produits amincissants, le maté, en alternative au thé ou au café, ou encore l’açaí, considéré comme l’un des aliments les plus antioxydants au monde.

Pourtant, l’Amazonie et ses peuples n’ont que peu bénéficié des profits issus de l’utilisation de leur biodiversité.

Pourquoi le “tout local” atteint ses limites

La réponse ne peut donc pas être le localisme, consistant à replanter ces végétaux dans nos contrées au prétexte du « local ».

Car si la biodiversité, définie comme la variabilité des organismes vivants sur la planète Terre (diversité des gènes, des espèces et des écosystèmes), est concentrée dans la ceinture tropicale du globe, les richesses économiques restent largement détenues dans les régions tempérées.

Alors que les populations autochtones (6 % de la population mondiale) font vivre près de 40 % des quelque 4 900 langues actuellement parlées sur Terre et protègent des territoires considérés comme les points chauds de la biodiversité (hotspots), elles représentent 15 % des personnes en situation d’extrême pauvreté sur la planète. Il existe donc une corrélation négative entre diversité culturelle et biologique et richesse économique qu’il nous faut inverser.

Comme le souligne Nina Pacari Vega, représentante de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur : « Les médecins indigènes ont identifié les vertus thérapeutiques des plantes et des animaux dans leur environnement en se basant sur des milliers d’années d’expérience communautaire, transmises au fil de centaines de générations […] à l’origine de la majorité de la médecine conventionnelle commerciale. Mais qu’avons-nous reçu en échange ? »

Commerce équitable, biodiversité, traçabilité : les nouveaux enjeux de la bio

C’est pourquoi, dans l’esprit de l’article 8j de la Convention sur la diversité biologique, qui « encourage le partage équitable des avantages découlant de l’utilisation des connaissances, innovations et pratiques des communautés autochtones et locales », nous devons, en tant qu’acteurs de la bio, aller au-delà du commerce équitable.

Il s’agit de défendre la biodiversité de notre planète.

Ces plantes venues d’ailleurs deviennent stratégiques pour la bio

Commençons ainsi par valoriser ces plantes qui viennent de loin, car paysans d’ici et d’ailleurs, même combat. Guaraná, stévia, maté, açaí, kinwa et tant d’autres, issus du commerce équitable et de filières indigènes, protègent et valorisent la forêt et les écosystèmes vivants.


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