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Les listes INCI vont s’allonger. La sécurité des formules, elle, reste encadrée.

Avec le règlement européen 2023/1545, le nombre d’allergènes de parfum devant être mentionnés sur les étiquettes passe de 24 à 81. Une évolution réglementaire majeure qui entre progressivement en application, avec des mises à jour obligatoires d’ici juillet 2026 pour les nouveaux produits et juillet 2028 pour les références existantes.

Pour la cosmétique bio, largement fondée sur les huiles essentielles et extraits végétaux, le sujet appelle une clarification. C’est le message porté par Cosmébio dans sa récente prise de parole : expliquer, contextualiser, structurer.

 

Comprendre avant de juger

Un allergène est une molécule susceptible de provoquer une réaction chez une personne sensibilisée. Il peut être d’origine naturelle ou synthétique. Ce qui détermine son potentiel allergisant n’est pas son origine, mais sa structure chimique et le niveau d’exposition.

En Europe, seules 1 à 3 % des personnes présentent une sensibilité aux allergènes de parfum. Pour la grande majorité des consommateurs, ces substances sont tolérées et ne présentent pas de risque pour la santé générale.

La mention sur l’étiquette a un objectif informatif. Elle permet aux personnes concernées d’identifier les molécules auxquelles elles sont déjà sensibles. Pour les autres, elle ne signale pas un danger, mais une transparence accrue.

 

Le naturel, riche par nature

Dans les cosmétiques certifiés, les allergènes proviennent principalement des huiles essentielles. Des molécules comme le limonène, le linalol ou le géraniol contribuent à la fois à la signature olfactive et aux propriétés fonctionnelles des formules.

Le limonène est reconnu pour ses propriétés antibactériennes et antioxydantes.
Le linalol possède des effets apaisants et cicatrisants.
Le géraniol est associé à des actions régénérantes.
Le farnésol intervient dans des mécanismes antibactériens et anti-inflammatoires.

Ces molécules sont utilisées dans des concentrations strictement encadrées. L’IFRA définit des limites précises selon le type de produit et le niveau d’exposition. Chaque formule est évaluée au regard de ces recommandations avant sa mise sur le marché.

Le bio assume cette richesse naturelle. Il implique une complexité chimique maîtrisée, évaluée, documentée.

Une réglementation plus précise mais pas plus alarmante

Les nouveaux seuils d’étiquetage restent fixés à 0,001 % pour les produits sans rinçage et 0,01 % pour les produits rincés. La réforme élargit la liste des substances déclarables, sans modifier les formules existantes.

Un produit bien toléré avant la réforme le restera après. La différence tient dans la visibilité donnée au consommateur.

Pour les marques, l’enjeu consiste à anticiper l’impact visuel d’une liste INCI plus longue et à accompagner cette évolution par une communication claire. Pour les distributeurs spécialisés, la montée en compétence des équipes devient stratégique.

 

Applications de notation : une lecture incomplète

Certaines applications pénalisent automatiquement la présence d’un allergène listé, sans intégrer le dosage, le contexte d’usage ou l’origine des matières premières. Cette approche binaire peut générer une perception biaisée.

La cosmétique bio se retrouve parfois assimilée à des produits contenant des substances réellement problématiques, alors que le cadre réglementaire et la labellisation garantissent une évaluation complète et une exclusion des ingrédients controversés.

Pour la filière, l’enjeu est double : maintenir l’exigence scientifique et renforcer la pédagogie auprès des consommateurs.

 

Ce que les professionnels doivent retenir

Les marques doivent intégrer cette évolution réglementaire dans leur stratégie produit et communication. Cela implique une anticipation des mises à jour d’étiquetage, une formation des équipes commerciales et un discours clair sur la différence entre allergène déclaré et risque réel.

Les distributeurs ont un rôle clé dans la transmission d’information. Expliquer que l’allongement de la liste INCI reflète une transparence renforcée, et non une dégradation qualitative, consolide la confiance.

Dans un contexte où l’achat cosmétique est de plus en plus influencé par des outils numériques simplificateurs, la valeur du conseil et de l’expertise reprend du poids.

 

BOB LE DIT

La cosmétique bio entre dans une phase de maturité qui ne doit pas faire peur aux marques.

L’augmentation du nombre d’allergènes étiquetables traduit une exigence de précision. Elle ne remet pas en cause la sécurité des formules ni la cohérence des cahiers des charges.

Les marques qui sauront expliquer la science derrière la naturalité renforceront leur crédibilité. Les distributeurs qui transformeront cette évolution réglementaire en moment pédagogique consolideront leur rôle d’experts.

La transparence progresse. À la filière de transformer cette clarté en avantage compétitif.


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